LE PASSSEUR

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Professeur Bernard Herzog - Médecine et Thérapies du Futur Connaissances et recherches pour améliorer Votre Santé et Votre Vie


Pierre ARRIBARD : Professeur de théologie et d’éthique

Publié par lepasseur-therapeute-herzog.over-blog.org sur 15 Octobre 2010, 21:34pm

Catégories : #Entretien- Média

TRANS.jpgDes questions-frontières de nos existences humaines il est difficile de bien parler. La méthode de facilité est la plus habituellement utilisée. Certains, se rêvant en pays conquis, fabulent pour arranger une vision idyllique totalisante. D’autres, déstabilisés par la non-maîtrise et la non clarté sur lesquelles ils butent, préfèrent gommer des pans entiers de réalité ou décréter qu’il n’y a pas de question. Parmi ces réalités-frontières nous trouvons la naissance, la vie, l’amour, la mort, l’au-delà…

Le mérite du livre de Christine et Bernard Herzog c’est de se risquer à aborder de façon à la fois modeste et précise une question essentielle : l’au-delà fait-il corps avec l’existence humaine ?

 

A travers trois types d’approches ils nous donnent quelques clefs pour un parcours. Toutefois, ils laissent le lecteur libre dans la conduite de son propre chemin.

Une conviction revient comme en toile de fond tout au long du parcours : la réalité vivante est plus vaste que ce que nous pouvons encadrer dans des formules et des lois. Mais les vrais chercheurs ont toujours fait place à l’intuition, à l’imagination pour ensuite réguler une partie de leurs découvertes par la mise provisoire en formule.

Les auteurs ne partent pas de théories mais des matériaux apportés par des hommes et des femmes longuement et profondément écoutés à travers leurs pratiques de thérapeutes.

Une première approche est la présentation de chemins psychothérapiques vécus. Ce sont les chapitres 1 à 9 : ils restituent des rêves, des interprétations vécues, des détours, des points de passage vers un au-delà… En comprenant, en apprenant à prendre avec eux-mêmes tout ce qui leur vient, ces hommes et ces femmes se construisent, prennent leurs vraies dimensions et se situent mieux dans l’existence. Au long de ces chemins les thérapeutes font aussi des découvertes, ils sont éveillés au plus profond que le visible. Car s’il exerce la fonction non pas de guide mais seulement d’accoucheur, le thérapeute est mis lui-même à la question, il bute sur des noyaux durs de l’existence humaine et il apprend à les prendre lui-même en compte. En lisant lentement ces cheminements nous trouvons quelques points étonnants qui pourront servir de clefs. Alors le propos : ‘’ d’étape sur le temps ’’, à la fin du chapitre 9, permettra un début de synthèse.

 

Avec les chapitres 10 et 11 nous passons à un nouveau type d’approche de la même question. Certaines personnes apportent des rêves et des interprétations vécues truffées de réminiscences littéraires ou même des grands mythes des civilisations anciennes. Grâce à sa bonne connaissance de Platon, de Jung et autres, Bernard Herzog peut aussi se permettre de travailler avec ces matériaux. Pourquoi les gommer puis qu’ils sont apportés par les personnes elles-mêmes et sur une longue durée ? Certes les images évocatrices peuvent être posées selon une facture de type impressionniste, les détails peuvent être inexacts, les jonctions faites peuvent manquer de rigueur au plan de la pensée… Restons discriminants. Mais si nous nous laissons à la fois déstabiliser et éclairer par ces matériaux à travers lesquels des personnes se construisent réellement, nous rencontrons des perles, des images fondatrices qui sont comme des faisceaux de lumière pour évoquer l’indissociable vie du visible et de l’invisible. La profusion fait partie aussi de la réalité humaine profonde.

 

Dans le chapitre 12 Bernard Herzog pousse le risque encore un peu plus loin. S’appuyant sur sa solide formation en physique, il recueille le meilleur des acquis en physique quantique et en astrophysique. En mettant ces acquis en correspondance avec les approches précédentes, il découvre que le tissage du visible et de l’invisible est encore plus constitutif du vivant qu’on ne pourrait le penser. Même si le lecteur n’est pas spécialiste il aura joie à explorer cette approche. Car ici l’auteur ne fait pas de mélanges faciles. Il sait respecter la spécificité des domaines et des approches. Mais à travers les rapprochements effectués il nous convoque à revisiter des notions – soit apparemment connues et admises, soit habituellement posées comme n’ayant rien à voir les unes avec les autres – pour y chercher plus profond, pour goûter la sève sous l’écorce.

 

Ce dernier chemin n’est pas sans risque. Au début de chapitre 12 par exemple, Bernard Herzog ne va-t-il pas trop vite en besogne quand il écrit Dieu est l’énergie même (p. 173) ? Peut-on sans autre explication appliquer le même terme énergie en physique, en anthropologie philosophique, en théologie ? Pourtant, et probablement sans le savoir, l’auteur croise un dur débat

théologique entre l’Orient et l’Occident au 14ème siècle. Le grand théologien de l’Eglise d’Orient, Grégoire Palamas, reprend alors cette notion des énergies à quelques illustres prédécesseurs pour exprimer le réalisme de la participation des humains à la vie trinitaire de Yahvé dans l’Esprit Saint reçu. Il prend alors même essence que lui. L’église Occidentale, emportée par d’autres combats et plus soucieuse de souligner la distinction, récusera durablement la problématique de Palamas. Cependant la notion sera plus ou moins directement reprise chez certains pour souligner l’action réelle et unifiante de l’Esprit Saint en cette vie humaine terrestre et dans l’au-delà. Fin 19

ème siècle, des écrivains, philosophes ou théologiens, amenés à croiser monde hébraïque, Orient et Occident, reprendront l’inter-éducation entre les facettes participation réelle et distinction de nature : Berdiaev, Claudel, Congar, Danièlou, De Lubac etc. . Même si elle est parsemée d’écueils, la voie ouverte ici autour de la notion d’énergie peut donc être très féconde.

Les mêmes remarques seraient à faire pour le terme au-delà , qui comporte au cours de l’ouvrage plusieurs significations distinctes mais sans doute aussi l’éclairant les unes les autres: la capacité de vivre gagnant sur la mort-éteignoir, l’ouverture prenant le pas sur l’étroitesse enfermante, la réalité émergeant sous le phantasme, l’intériorité se développant au coeur de la matière, mais aussi la renaissance au monde de la lumière pointant le sacré de l’homme déjà en sa condition mortelle elle-même.

En tous cas, une fenêtre de Lumière s’ouvre de mieux en mieux au long de l’ouvrage : le tissage du visible et de l’invisible est constitutif de l’existence humaine, les au-delà font corps avec le plus profond de l’humain.

Personne ne peut avoir de parole totalisante sur l’originalité de la vie humaine. Que les auteurs soient remerciés du courage qu’ils ont eu de rester plus modestes et plus vrais en explorant seulement mais correctement quelques approches et en esquissant un peu leur mise en position de dialogue ? Des points de lumière sont ainsi ouverts. Nous ne pourrons les posséder , ils sont là pour nous permettre d’aller plus profond si nous le souhaitons et chacun à sa manière.

Grâce à leur longue expérience croisant plusieurs domaines, Christine et Bernard Herzog ont sans doute beaucoup d’autres matériaux. Espérons qu’un jour ils pourront nous donner une suite. Car ces saines et modestes lumières, qu’ils savent exprimer de manière simple et parlante, répondent à une attente de notre monde d’aujourd’hui.

 

 

 

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