LE PASSSEUR

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Professeur Bernard Herzog - Médecine et Thérapies du Futur Connaissances et recherches pour améliorer Votre Santé et Votre Vie


Les rêves et le cancer

Publié par Bernard Herzog sur 12 Décembre 2012, 10:11am

Catégories : #Rêve- Spiritualité

2104642892_47958081d7.jpgLes rêves et le cancer

Parler des rêves et du cancer nécessite d’abord d’évoquer le rêve.

 

Tout le monde rêve ! La plupart de mes visiteurs rêvent en général la veille de venir me consulter, même si initialement ils m’assurent de ne pas rêver.

Le thérapeute est un activateur de l’activité onirique, sinon il serait homme qui endort !

Les rêves ont fasciné les hommes à toutes époques. Dans l’antiquité, princes, rois et pharaons, avaient des experts onirologues. En Egypte, dans les “Katochés” puis en Grèce, on effectuait un travail sur les rêves avec les “Zacores” ou prêtres sacrés.

Pour les anciens, l’inconscient est habité pas des Dieux. Par l’intermédiaire des initiés ou de certaines personnes que l’on a appelé des médiums, ils s’expriment et conseillent au moins ceux qui mènent le peuple.

8064389221_45e5c989b4.jpgLe rêve nous montre l’autre face de notre monde personnel. Nous vivons en fait entre deux mondes : le champ de conscience dans lequel nous sommes à l’instant présent et celui qui va nous étreindre dans quelques heures.

Sous les baobabs en Afrique, j’ai assisté il y a quarante ans à une veillée dans une petite contrée du Sénégal. Les gens venaient raconter leurs rêves à un vieux sage. Il s’agissait souvent de conflits avec leurs parents. Les problèmes relationnels trouvaient une oreille propice. Parmi les rêves, certains avaient une vertu pour l’ethnie, voire pour l’espèce. Il n’y a pas de petits et de grands rêves : ils sont tous importants.

Les Dayaks chasseurs de têtes à Bornéo sont toujours en recherche des rêves pour communiquer avec les esprits des morts.

Le problème commence avec l’interprétation du rêve. Permettez-moi une comparaison : on envoie un signal électrique sur une cavité de résonance, le son perceptible est bien différent si on compare celui d’une enceinte de grande qualité et un appareil à bon marché. Si le thérapeute a une grande qualité de résonance et s’il sait “résonner” et non pas seulement “raisonner”, alors l’écoute est possible. L’entendement est ouvert, on ne fonctionne pas à guichet fermé.

La résonance implique une ouverture authentique au monde intuitif et sensible. C’est très exactement l’univers des poètes, des artistes, du féminin, à la différence de la raison. Cette dernière permet de conduire des machines ou des engins électromécaniques, car c’est son domaine spécifique, mais ne règle aucunement les émotions ou les états d’âme.

Il y a une vingtaine d’années, une infirmière était venue me confier ce rêve :

5591420317_bc081e931b.jpg« Je vois une rampe à gaz ronde. Je vous aperçois avec une allumette, vous allumez le cercle. Au-dessus, un triangle s’allume. Il renferme une très belle fleur qui possède un œil. »

Le véritable guide est celui qui est capable d’allumer la rampe à gaz…

Le gaz représente un état subtil invisible, la “manne céleste” qui inspirait les hébreux pour traverser le désert. Moïse était capable de la recevoir comme les initiés de toutes les époques.

Comment voir clair dans notre vie ? Les différentes religions nous affirment que nous avons tous un ange gardien, un conseiller semblable à Merlin l’Enchanteur. Il nous adresse des messages à travers notre psyché. Notre travail consiste à les comprendre. Certains ressemblent à l’énigme du sphinx : on peut passer sa vie sans les intégrer. Souvent, les personnes apportent des rêves ayant trente ou quarante ans d’âge, comme du vieux vin auquel ils n’ont pas goûté. Ces messages les ont marqué, mais ils n’ont pas été entendus. Ils sont restés bloqués pour une intégration non effectuée.

Le rôle du thérapeute au sens noble initial, est d’être le serviteur, est d’aider à atteindre la “substantifique moelle” des messages oniriques entre autres.

L’intégration exige un effort du rêveur d’analyse, il est fonction du niveau où l’initié est parvenu. En cela, sa capacité de synthèse et de créativité.

Si l’on envoie un faisceau de lumière parallèle sur un prisme, à la sortie du verre les rayons vont diverger. Si le rêve survient chez un sujet névrosé, il ne constitue pas un milieu isotrope parfaitement transparent… aussi les déformations et les projections ne vont pas manquer d’égarer encore un peu plus le consultant. Un dialogue avec un bureaucrate sourd est condamné en général à être infécond.

Le thérapeute s’efforce de lui faire entendre ce qu’il refoule en général. Il doit faire abstraction de ses problèmes personnels, de ses désirs de puissance, de relation, etc. sinon il fait obstacle à l’intégration et ne peut être positif. On ne peut en effet comparer un travail d’artiste sensible avec celui d’un technocrate diplômé et remboursé ce que R. Cahen Président Fondateur de la société de psychanalyse appelait « un poinçonneur de ticket de métro »...

C’est la raison profonde de la plainte populaire envers certains médecins : l’absence d’écoute et de capacité d’entendre.

Si le thérapeute est un automate muet, ce qui est trop souvent le cas, il ne guidera nulle part. Les clients devraient s’en rendre compte tout de suite. Nous connaissons tous de nombreux sujets ayant passé de dix, voire quinze ans de psychanalyse… ou de psychothérapie auprès de psychiatres dont la formation est radicalement à l’opposé de ce domaine de l’humanisme et de la compassion.

Nantis de diplômes universitaires ou autres, les guides officiellement patentés n’ont, en général, pas effectué le moindre travail sur eux-mêmes, ni travaillé sur leurs rêves. Ils sont vécus comme des bureaucrates, aveugles… ce qui explique l’essor contemporain des cartomanciennes… et leurs nuisances. L’université délivre des diplômes et des droits régaliens constitutifs de castes et de forteresses, mais dans le domaine de l’intériorité, ils ne sont d’aucune valeur et représentent de très lourds handicaps pour autrui et savant pour eux-mêmes.

4387393890_b8d6fe0daa.jpgTravailler ses propres rêves permet, à la condition de faire un effort, une initiation intérieure progressive. Les Dieux, disait-on dans l’Antiquité, parlent à leur initié. On ne devient pas thérapeute comme on va à l’école acquérir un diplôme de médecin ou d’avocat… ces activités relèvent du domaine relationnel et spirituel au plus haut niveau.

Nombre de médecins n’ont jamais compris qu’ils sont allés chercher en médecine les raisons de leurs problèmes ou de leur entourage familial ! Les étudiants en “psychologie” ou en psychiatrie vont également chercher à l’université les raisons de leurs problèmes ! Or la pharmacopée donne un pouvoir iatrogène éventuel sur autrui par altération des neurones !

L’accouchement psychique ne peut s’effectuer par la pensée rationnelle désincarnée mais par le chemin intériorité.

On peut exprimer de façon plus simple :

Il faut “vider la marmite”, la cale du navire, tout le refoulé : le récurage intérieur exige souvent des années. Il correspond aux purifications décrites par les Bouddhistes et toutes les traditions mystiques. La psychanalyse a toujours existé. C’est ce que les philosophes hermétiques du Moyen Age appelaient le “rosaire”, l’alchimie. Cela veut dire la chimie du “al”, al ou “el” représente Dieu, l’alchimie est donc la chimie de Dieu. C’est une mystérieuse “cuisine intérieure” qui nous fait prendre conscience que nous sommes autre chose que des animaux même si nous en avons l’apparence voire les instincts plus ou moins pervertis.

Parler de “cela” à notre époque est assez mal venu ou qualifié par les rationalistes de “délire”. Il est de mauvais goût d’évoquer les chamans, les médiums, mais aussi la voie initiatique des rêves.

Nos rêves nous révèlent inlassablement l’envers du décor conscient : les raisons de nos échecs, de nos ennuis, nos excès, ils nous suggèrent ce que l’on doit faire. La façon habituelle que l’inconscient adopte pour vous obliger à progresser car le corps parle à sa façon, c’est de somatiser.

Nous avons trois cerveaux. Un prix Nobel de neurophysiologie japonais a montré il y a trente ans que pratiquement tous les japonais fonctionnent avec le seul cerveau gauche. Il appartient au territoire de la mère : c’est le cerveau logique. Il assure l’indépendance, la survie matérielle ce qui est respectable et nécessaire. Il nous ancre dans la réalité du monde physique.

Il en est de même en Occident excepté chez les artistes ou les personnes sensibles qui ont mis à feu un autre étage de leur vie intérieure par une introspection permanente de leurs propres faits, attitudes et comportements quotidiens.

Ces deux modes de pensée ne sont pas opposés, mais différents et complémentaires comme le sont nos deux bras, nos deux mains, nos deux yeux, afin d’adopter une vue spatiale.

Si le sujet n’utilise que sa raison, il se pétrifie, devient obsessionnel ou le cas échéant paranoïaque.

Inversement, s’il est complètement immergé dans ses émotions, il peut devenir halluciné ou délirant. Ce sont les deux colonnes du temple. Normalement, le champ de conscience se situe au-dessus de ces opposés, dans un juste équilibre entre le raisonnement et le sentiment.

La médecine a fait, en apparence depuis vingt ans, des progrès colossaux, mais il a toujours existé un autre mode de connaissance de l’homme associant la voie intérieure et le savoir scientifique. Malheureusement, le chamanisme est partout en voie de régression qu’il s’agisse des Curandéros en Amazonie, des Dukuns à Bornéo, Sulawesi ou à Java.

L’expérience nous montre que les chamans voient sans l’arsenal d’imagerie radiologique ou ressentent les lésions. Au cours des voyages chamaniques, quelques uns peuvent envoyer un sujet voir dans son corps ou celui d’un autre. Nous devons avoir l’ouverture d’esprit et honnêteté d’admettre ces faits, bien que leur intégration soit plus difficile.

Epreuves de l'existence-copie-1Les images obtenues par la résonance magnétique ou au moyen des scanners nous apportent de grandes précisions. Dans les pays du Tiers Monde, les chamans constituent une nécessité pour des milliards d’hommes dont la pauvreté extrême s’oppose à l’acquisition des technologies occidentales, même si leurs précisions anatomiques nous semblent approximatives.

L’iconographie médicale actuelle possède aussi ses limites et ses effets nocifs. Elle est si onéreuse que le produit national brut lui serait bientôt totalement consacré si une pondération ne venait impérativement limiter cette industrie.

Les énormes apports de la physique appliquée permettent seuls de répondre à une énorme demande mais le fait d’appliquer de façon systématique des examens de recherche à la routine quotidienne n’est pas compatible avec l’économie des états.

Devant la juxtaposition des rêves et du cancer, certains médecins ne vont pas manquer de hausser les épaules car, dans leur immense majorité, ils ignorent tout du monde onirique.

Rappelez-vous : la formule du benzène est due à Kékulé. Comment s’associent entre eux les six carbones de ce composé organique ? Un rêve l’a expliqué à Kékulé. Il avait vu comment le serpent se mordait la queue… il a en conséquence imaginé la formule d’un cycle hexagonal.

Lorsque Henri Poincaré ne pouvait résoudre un problème de mathématiques, il en attendait la solution le lendemain à son réveil. Combien de fois avant d’effectuer une conférence, un rêve quelques jours avant la réunion suggère de commencer d’une certaine manière. Je me vois en pleine action et… je dois l’avouer, je suis beaucoup plus drôle dans mes rêves que je ne le suis en général dans mes conférences, au point de rire tout seul de ces mots d’esprit très vite oubliés.

FEYNMAN, Prix Nobel de Physique, récemment décédé, avouait être sourcé par ses rêves. Tous les physiciens, les scientifiques, les chimistes de haut niveau, tous les créatifs le savent : il ne faut jamais considérer ses rêves avec mépris.

S’il est fou de s’enliser dans un matérialisme bureaucratique, réductif, il faut être tout aussi délirant de croire qu’avec les rêves on va trouver la solution toute faite à tous nos problèmes.

La pondération nécessaire entre nos ambivalences est symbolisée par la croix. Nous sommes tous crucifiés entre ces deux opposés. Seul un troisième terme, c’est-à-dire une voie située au-delà de la dualité permet d’accéder à l’équilibre.

Il y a plus de trente années que la rencontre et l’écoute de mes visiteurs m’ont obligé à sortir des rails confortables de la médecine officielle où j’occupais un niveau important. Il faut coucher la croix pour que la roue tourne, que la vie reprenne… et que les cycles se déroulent.

Une femme était venue me demander de l’aide un matin dans mon service hospitalier :

5624557112_5eb6a5b3eb.jpg« J’ai vu mourir toutes mes amies atteintes de cancer du sein dans des conditions effroyables, et bien non ! Comme j’ai dit “non” aux allemands, j’ai tiré le coup de fusil contre eux dans la poche de St-Nazaire, milité à la Sécu, à l’URSAFF. Je ne veux pas être achevée par les rayons, le bistouri ou les agents chimiques ! »

J’ai vainement essayé d’esquiver la sévère confrontation avec cette réalité médicale quotidienne. Je l’avais adressée en consultation à Roland Cahen, psychanalyste parisien traducteur des œuvres de JUNG. Le transfert ne s’était pas effectué entre eux : elle n’avait pas les moyens de se rendre à Paris chaque semaine, ni de régler des honoraires importants.

Son budget limité ne lui permettait pas ce qu’elle considérait comme « une thérapie de luxe »…, aux résultats aléatoires car elle ne pouvait imaginer les apports positifs de cette démarche intérieure, étant une militante active de la gauche sociale.

La suite de cette histoire a donné naissance à deux ouvrages intitulés “L’or des cendres”[1] et “L’oiseleur et le cancer de l’amazone”[2].

Ils relatent ce qui se passe derrière le masque de la malade pour le premier, et dans le second derrière le masque du thérapeute ce qui était nouveau.

Entre temps, je m’efforçais de démontrer aux personnes dubitatives “L’imaginaire Cancéreux”[3], dans l’importance des apports oniriques dans la clinique quotidienne

Des entretiens avec des patients présentant des insuffisances immunitaires graves ou diverses localisations tumorales dans le livre “Cancer et Sida”[4] y sont rapportés. La symbolique du corps humain y prend place.

Le dernier livre paru en 2000 au Canada “De nouvelles pistes pour guérir le cancer”[5] consacré à ce thème est épuisé. Il montre le rôle de la peur et des stress sur les relais endocriniens. Je renvoie donc le lecteur à ces ouvrages très étayés d’observations cliniques.

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[1] Ed. Roger Jollois - 1991

[2] Ed. Roger Jollois - 1992

[3] Ed. Maisonneuve - 1987

[4] Ed. Lucien Souny - 1993

[5] Ed. Psyché/ Soma - 1999

 

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