LE PASSSEUR

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Professeur Bernard Herzog - Médecine et Thérapies du Futur Connaissances et recherches pour améliorer Votre Santé et Votre Vie


La relation humaine au travers de l’écoute des souffrances exprimées par les malades1

Publié par lepasseur-therapeute-herzog.over-blog.org sur 15 Octobre 2010, 22:07pm

Catégories : #Philosophie

L-homme-devant-sa-destin--e.jpgQuels sont les besoins, les nécessités, quelles qu’en soient les confessions ? Quel est l’apport attendu des évolutions bénéfiques de la médecine moderne ?

 

Mesdames, Messieurs, je me permets de vous présenter un résumé ou une synthèse, comme vous le désirez, d’environs quarante années passées au service des malades. Je précise bien au service des malades et je ne dis pas des malades au service des médecins, pourquoi ?

J’ai eu, au début de mes études médicales, un professeur de chirurgie2 comme on n’en fait plus. Il excellait au piano dans les quatuors comme en salle d’opération, mais aussi en philosophie. Son bon sens et sa sagesse s’exprimaient dans cette sentence : « Le malade est la matière première nécessaire au médecin, mais le médecin, s’il ignore son malade, n’a plus le droit d’être un médecin. »

 

Effectivement, j’ai gardé cette devise par devers moi comme d’autres aphorismes qui impriment la mémoire d’un étudiant. Il avait aussi coutume de dire que « Le meilleur chirurgien est celui qui refuse le plus d’interventions, modère son zèle opératoire et n’intervient qu’en cas de force majeure… ».

 

Eh bien, en effet, un malade n’est ni un objet, ni un numéro de matricule, ni une pathologie, ni un organe ! C’est un homme, aussi sacré que n’importe lequel d’entre nous, que n’importe quel sujet de la Cité. Je dirais même, plus sacré qu’un autre qui serait sain de corps et d’esprit, parce qu’il souffre et qu’il est angoissé !

Le médecin doit donc prendre en considération cet état de souffrance et ressentir en lui-même cet état d’angoisse dans l’élaboration, non seulement de son diagnostic, mais aussi dans les propos qu’il va tenir. Il doit tenir compte de cette appréciation même si elle n’est point formulée, mais également dans sa préparation médicinale.

En fait, l’essentiel consiste d’abord dans l’approche d’une relation, dirais-je, presque « amoureuse » entre le médecin et le malade. Pourquoi amoureuse ?

L’amour, si on le prend dans son sens réel, c’est l’unité de l’homme au travers de sa propre réalisation !

Cela me fait souvenance d’une matinée de clinique où ce cher professeur, proche de sa retraite, qu’il ne prît d’ailleurs jamais complètement, devait nous exhiber la copie d’un très vieux parchemin. C’était une cartouche égyptienne dans laquelle l’ensemble de ses assistants n’avait vu qu’une érudition fort mal placée. Certains de ses agrégés en riaient en catimini, car la connaissance fait sourire les techniciens ! La traduction de cette cartouche exprimait que « l’amour, c’est le soleil de l’homme unie RA-OM-U. »

Comment souvent, les potaches s’ébaudissaient mal à propos, alors qu’avec les années, parvenu moi aussi dans les mêmes mois proches de mon départ en retraite, j’ai parfaitement compris combien il avait raison, mais aussi combien il parlait dans le désert !

Parce que si cette unité fondamentale de l’homme est brisée, c’est l’angoisse la plus absolue qui va naître en lui et se répandre au travers de sa psyché, mais aussi de sa physiologie dans la nuit profonde de ses organes, à travers tout son corps.

Tout médecin, depuis l’aube des temps, et notamment depuis que les disciples d’Esculape ont prêté le serment d’Hippocrate, se résume dans cette démarche.

Aujourd’hui, je sais bien que, poussés par les événements financiers, envahis par des raisonnements beaucoup plus égoïstes qu’altruistes et noyés dans une paperasserie 2

bureaucratique qui n’a rien à envier au bolchevisme soviétique, certains oublient d’appliquer ce principe fondamental de la profession.

Nous savons fort bien que certains organismes d’Etat, certains organismes financiers munis de statistiques et de paperassiers en tous genres, réduisent le malade à une inquiétante rentabilité financière et non pas par la rentabilité fondamentale de remettre l’homme sur ses pieds !

On considère, en effet, que l’homme, du moins son corps, est semblable à une simple carcasse de voiture dont on peut modifier et changer selon les degrés de son délire, la boîte de vitesse, le Delco ou un quelconque composant. Cette intrusion dans la psyché est aussi fatale que ne fut le stalinisme, un sectarisme totalitaire désertifiant car elle oublie et nie la nature sacrée de l’homme.

Veuillez me pardonner cette analyse, mais chacun d’entre vous a pu constater les ravages funestes de cette forme de dérive qu’on a laissé se développer au cours des dernières décades, édifiant ainsi un nouvel archipel du Goulag. Seuls ceux qui y ont goûté et qui ont survécu –en ayant le courage de s’exprimer– peuvent témoigner de ces méfaits. Mais nous n’en n’avons toujours pas analysé les racines : le nihilisme scientifique !

Je n’ignore pas, dans ma position, que ma manière d’agir et de parler dérange… car il est très malséant de penser différemment comme si une majorité était un label de qualité ou de quoi que ce fut !

Je n’ai jamais considéré un malade comme un assemblage de rouages mécaniques d’horlogerie mais comme une totalité, bref selon les principes humanistes éternels.

 

La règle principale

Le médecin doit prendre cette offrande et cette confiance comme un véritable trésor. Il ne doit pas être dispendieux vis-à-vis de lui, ni en profiter pour l’agresser et s’en servir à des fins propres, ni le ruiner ou dépenser sans égard ses dernières ressources, mais d’abord, il faut l’entendre !

Cette relation vis-à-vis du malade est primordiale car le médecin va être le support, c’est-à-dire la chance ultime qu’a ce malade de pouvoir récupérer « le pourquoi » de son problème, de ce qui lui cause ses ennuis, de son « mal dit », c’est cela la maladie !

Un échange s’effectue alors, un transfert de confiance, mais aussi un transfert d’efficacité. Vous savez comme moi, et chacun en parle, on en fait même des congrès, des colloques, des séminaires à n’en plus finir, pour affirmer que notre médecine doit s’humaniser ! Eh bien, c’est cela l’humanisation !

C’est non seulement être à l’écoute de l’autre mais être également disponible dans le temps pour être efficace !

C’est en étant dans cette disposition d’esprit que cela va permettre au médecin de remonter avec patience du symptôme à la cause et donc d’être efficace tant dans le diagnostic que dans la réalisation du traitement.

La matière ne peut être que la « substantifique moelle », de notre bon médecin François Rabelais, c’est-à-dire celle qui est émise par les relents de l’expérience passée.

Cette expérience doit effectivement être mise au service des malades, donc de ses semblables, car celui que je soigne, celui que j’écoute, celui vers lequel je m’avance et qu’on dénomme soit « mon semblable », soit « mon prochain », est seulement le reflet de ma propre image !

Vous comprendrez donc que toute ma démarche a été portée par et vers ce respect des autres, donc au respect de moi-même, c’est-à-dire de toujours porter « la paix de la chose » (le respect) vers ces malheureux qui me souhaitent toujours autant de paix.

En effet, lorsque nous avons accompli le plus merveilleusement possible ce que nous pouvons administrer à un malade, soit un certain rétablissement, soit une certaine amélioration, soit 

une aide au départ vers « l’au-delà », vers un renouveau de la vie, j’ai l’impression de grandir dans une paix intérieure qui me consolide, me conforte, me protège et m’encourage malgré les « qu’en dira-t-on », malgré toutes les médisances et les cocasseries en tous genres qui peuvent un jour ou l’autre s’alimenter ou être alimentées par des soignants mal dans leur propre position… ou mal dans leurs peaux.

C’est vrai que tout médecin face à une maladie essaie de se protéger, de se caparaçonner pour ne rien voir, pour ne rien écouter, pour surtout ne rien entendre afin de pouvoir s’isoler dans un certain confort, dans une certaine conformité dirai-je, car bien souvent, au travers de leur propre pratique, nombre d’entre eux cherchent à trouver la manière de s’épanouir, voire de tenter de se guérir de leur propres maux au travers des diagnostics de leurs propres malades.

Pour moi, c’est une perversité insupportable. C’est ainsi, comme l’on entend souvent dire, certains malades rentrant d’une consultation qu’ils n’ont pas appréciée : « je suis allé rencontrer plus malade que moi… il n’y a pas plus fou que le spécialiste auquel vous m’avez adressé ! … »

Je sais fort bien qu’à l’endroit où je suis placé, ma façon de raisonner et ma démarche dérangent, que ces prises de conscience énervent parce que j’ose sortir de ce cocon, de cette forteresse dans laquelle on s’installe avec un pouvoir que l’on n’a pas ou fort de compétences que l’on n’a point ou que l’on spolie.

C’est vrai qu’il est fort aisé de prendre un pouvoir, de s’arroger des capacités, des compétences par un effet du Prince, mais aussi de prendre des décisions sans s’inquiéter du sort de celui qu’on va traiter.

Il est nettement plus aisé de le traduire comme un nombre ou comme un simili nombre, comme un cas. Combien de fois n’ai-je entendu : « Monsieur untel, vous avez quoi ? Madame unetelle, vous avez quoi ? » Et on fait visiter avec la pompe d’un marquis la chambre à un groupe d’internes, d’externes, d’apprentis, de soignants et on pointe du doigt, d’une façon indiscrète, dans la partie la plus intime du corps, même si ce corps, même si cet endroit semble être tout à fait neutre, parce que pour le malade, cette partie malade est déjà honteuse, est déjà troublante parce que c’est un problème non seulement physique mais aussi psychologique.

J’ai donné ce thème comme matière à méditer il y a plus de vingt années pour leurs thèses à des étudiants sensibles et soucieux du respect élémentaire envers autrui. J’ai en mémoire ce professeur, maître d’une école, qui, rentrant dans une chambre où il y avait deux patientes, désignait du doigt l’une d’entre elles en disant : « Voyez-vous, là, c’est une sclérose en plaques commençante, et là, c’est une sclérose en plaques finissante. » Totalement inconscient de son irrespect, il n’avait pas saisi pourquoi sa fille était devenue schizophrène et son fils un grand pervers…

La jeune mariée qui, de retour de son voyage de noces, s’entendait ainsi étiquetée, ne pouvait avoir aucun doute sur l’évolution de ses souffrances. Tel est donc l’irrespect, une mise en scène quotidienne que l’on veut toujours ignorer tant le clan porte au pinacle les pires ou les plus malséants qui s’arrogent tous pouvoirs, et recréent des impostures mais cela est une autre histoire…

Et là, messieurs, je vais peut-être vous « défriser » un peu, en vous disant que nombre de prêtres ne font pas leur travail d’écoute, ne font pas leur travail d’approche, leur travail de compréhension des malades.

Si quelques-uns le font d’une façon admirable, d’autres ne le font pas du tout. Ils pratiquent cet exercice de chambre en chambre, tel un technicien venant distribuer des bonbons, comme un bureaucrate le ferait l’esprit parfaitement ailleurs. On passe parce qu’il faut passer ! Vous me rétorquerez, et je l’accepte volontiers, d’autant qu’on retrouve tout autant de bureaucrates et de technocrates dans ma propre profession ! 4

Mais si l’on n’emporte pas avec soi cette foi du charbonnier qui permet de relever les foules, de relever le malade de son propre délire ou défect, que peut-on attendre d’une formule compassée, vide ou creuse ?

Ai-je la dent un peu trop dure avec vous ? Peut-être, mais j’ai constaté ces faits en si grand nombre de fois et cela m’a fait mal, me crée toujours un malaise…

Cet irrespect fait mal pour eux, mal pour vous, mal pour moi-même.

C’est vrai que depuis quelques temps, un nombre important de bénévoles viennent dans les hospices avec leur foi essayer de distraire, essayer de faire rire et d’apporter avec leur sourire, la vie.

Je trouve cela tout à fait admirable, car apporter la vie à un sujet qui souffre n’est pas fort aisé, parfois certains sont malhabiles, maladroits, s’empêtrent même dans leurs insuffisances, mais cette maladresse, cette malhabileté enfantine, dirai-je, est la marque de la vie. Car, malgré tout, ils restent simples et comme nul n’est parfait, c’est au travers de cette simplicité que l’échange va s’engager dans une complicité authentique.

Pour nous, médecins, qui allons entreprendre une thérapie, cette simplicité de l’échange dans lequel nous apportons notre caution, dans lequel nous donnons également de nous-mêmes, est la matière première de notre entreprise d’aide, de réparation et de soulagement.

Vous voyez donc que la médecine, même si elle devient malheureusement trop complexe, technique, voire informatique, industrielle, randomisée, stakhanoviste est une médecine absurde et totalement inefficace, voire malfaisante par ce manque d’échanges !

Car, l’échange, cela signifie « je change », je me change et j’ose espérer que l’autre puisse faire de même. C’est précisément sur l’échange que nous tous, pratiquant l’art médical, l’art de l’aide, devons intégralement nous appuyer.

Quelle est la raison première du médecin ? Je ferai peut-être à ce endroit un jeu de mots : « L’homme est habitué de téter les mamelles (mes deux seins) »

Eh bien, nous aussi nous devons être le médium, être précisément le milieu de ces mamelles ! C’est précisément le nom et la symbolique du nom que l’on nous attribue. Nous devons être capables d’apporter notre connaissance tout en apportant notre capacité d’écoute, d’échange psychologique et spirituel.

Je dis spirituel, excusez-moi du terme, je ne parle pas d’échange religieux bien que je m’adresse à vous, j’appelle spirituel « le renouveau de l’être ».

Cela peut vous causer certes un petit ennui entre le « signifiant et le signifié », comme disent certains professionnels de la jactance.

Bref, je crois que ma démarche est tout à fait conforme à la vôtre avec « cet air de jactance par lequel on semble s’exalter en soi et s’applaudir » disait Sainte Beuve, « bref, vous êtes des bâtisseurs. »

Vous êtes donc aussi des médecins de l’esprit, donc vous me comprendrez fort bien et vous saisirez fort bien ma position.

 

L’homme doit être vis-à-vis de lui-même capable de distribuer cette manière d’échanges au travers des apports techniques les plus complexes et de savoir l’accepter comme de savoir refuser. Il doit savoir être accepté, mais également savoir être refusé. Je dirais qu’il est plus aisé d’être refusé que d’être accepté !

Car, dans la notion d’être refusé, il y a une notion plus importante dans la conquête de cette confiance : vous le savez tout aussi bien que moi !

Le médecin, qu’il soit simple stagiaire, interne, professeur ou occupant un autre échelon de cette hiérarchie, une échelle purement administrative, doit avoir cette notion en permanence à l’esprit qu’il n’est que grain de sable dans une vie et dans la vie des sujets que les circonstances leur font rencontrer.

En effet, chacun d’entre nous, malgré l’immensité d’une connaissance encyclopédique, a toujours des défaillances, a toujours des humeurs, a toujours des méconnaissances et ne peut

jamais être à la hauteur de la connaissance perpétuelle. Car cette connaissance perpétuelle évolue chaque jour et à toute heure ! Alors, il doit remettre en cause son propre savoir, sans jamais remettre en cause sa disponibilité psychologique et spirituelle !

Vous qui êtes des hommes de terrain, vous qui êtes des êtres spiritualistes, c’est-à-dire des hommes offerts à l’offrande de l’esprit, à la disposition des esprits, et je dis bien des esprits, en tant que représentant d’une ou de différentes religions, tout cela est identique.

En effet, vous comme moi, nous sommes faits de la même matière, c’est-à-dire qui doute d’elle-même ; eh bien nous avons tous besoin de médecins de l’esprit ! De médecins de nos esprits !

Nous avons des esprits en nous-mêmes, car nous avons l’esprit de notre matière qui nous anime et nous meut, mais aussi l’esprit de notre pensée. Et ces esprits doivent être dans un état harmonieux, or s’il devient disharmonieux, pour raisons de conflit, de combat, c’est précisément cette guerre qui va engendrer d’énormes problèmes…

Au travers des confessions qui vous sont faites, au travers des écoutes et confidences, vous touchez du doigt l’abîme de certains, la faille d’autres, le désastre du marais où l’immensité du ravin dans lequel nombre de malades plongent aisément ; Qu’est-ce que vous en dites ? Est-ce que cela est possible ?

Eh oui, tout est possible, car l’homme n’est pas seulement une des facettes de la réalité, il est lui-même un composé d’une myriade de facettes dans lesquelles le bien, le mal n’ont aucune limite et ne se limitent jamais dans des repères fixes possibles, car un bien peut devenir un mal et réciproquement, un mal peut devenir un bien !

Vous qui êtes habitués au langage cru du réel, à ce langage de la révolte et du désespoir de l’homme, vous qui êtes habitués à le consoler au travers de paroles chaleureuses, au travers de mots rassurants, car vous donnez l’espoir d’un quelque chose, rappelez-vous que le verbe peut guérir comme il peut tuer !

Pour ceux qui oeuvrent, comme Saint Vincent de Paul a pu faire, protéger, amener, vous êtes aussi, à sa manière, capables d’éclairer des vies, capables d’amener des miracles de la vie, car la vie se renouvelle dans le miracle d’elle-même !

Si, aujourd’hui, nous avons autant de désastres, si nous avons à nouveau à vivre des immensités de larmes et de sang, c’est parce que les uns comme les autres, nous ne savons plus parler, nous ne savons plus entendre, nous ne savons plus aider, nous ne savons plus comprendre.

Notre échange engendre, bien sûr, des erreurs, des non-dits, des noyaux complexes et des décisions surprenantes… Il faut bien prendre conscience que cet assemblage, que cette juxtaposition de diagnostics, d’ordonnances qui se succèdent les uns aux autres, mais qui ne retirent jamais rien, engendrent d’énormes problèmes, des complications physiologiques, physiques, psychiques et spirituelles.

C’est vrai que nous, médecins, nous avons oublié notre première motivation, c’est-à-dire de nous enquérir, non seulement de l’état du malade, du sujet, du patient, mais aussi de son entourage, de ses relations, dirais-je, donc d’un cocon, d’un ensemble qui l’entoure. Nous sommes devenus essentiellement, et selon les vives incitations de décideurs forts inconscients d’être pathogènes et fort peu soucieux de l’être, des traducteurs, voir de simples découpeurs, en une myriade de spécialités, sans se rendre compte que la patient est constitué d’un ensemble dont il fait lui-même partie.

Nous essayons de prendre en considération, depuis plusieurs années, que le malade est devenu une entité et c’est pour cela que nous nous réunissons pour nous entendre parler et sermonner, et que nous essayons d’humaniser le monde hospitalier ; cela fait un grand nombre de réunions, mais aussi une nouvelle affection : la « réunionnite » qui a déjà atteint plusieurs générations. Elle constitue une nouvelle forme de travestissement, car plus nous parlons, plus nous sommes en train de déshumaniser !

Il faut pourtant constater que les chambres sont devenues plus gaies, que le personnel hospitalier semble avoir le sourire, plus ou moins forcé, mais écoutez ce que racontent ceux qui sont passés par les fourches caudines des centres hospitaliers… sans vous détourner…

Quand j’étais jeune interne, je fus mis dans des conditions que l’on pourrait aujourd’hui déclarer exécrables et pourtant, totalement humanisables parce que, dans cette bonne « Maison de secours » dans laquelle je me rendais avec enthousiasme, chacun prenait le temps d’écouter, chacun prenait le temps de raconter soit une histoire, soit de communiquer un sourire à son patient, à son malade parce que le malade n’était pas, il n’avait pas, à faire à « son » médecin ; l’interne avait « son » malade, c’était le médecin qui avait « son » patient ! »

 

Aujourd’hui, on a tout inversé dans les notions et c’est ainsi que le patient a « son » médecin, a « son » spécialiste. Le malade s’est approprié son médecin volontairement ou non, je n’en sais rien, et en cela les beaux organismes sociaux –où se camouflent un grand nombre de sujets très particuliers– y ont grandement contribué. Le malade s’est donc aussi approprié « son »chirurgien, « son »spécialiste, c’est-à-dire qu’il s’est approprié son ou ses techniciens alors que cela devrait être l’inverse !

Vous voyez donc que nous marchons un peu sur nos mains, les jambes au plafond, et que nous avons désormais le génie de trouver des solutions toujours à l’inverse de ce qui devrait être. Dieu sait que nous sommes dans une société dite « hyper civilisée », je dirais plus « dite civilisable », et on ne s’étonne plus des erreurs qui abondent !

On ne compte même plus les erreurs, on relève seulement l’erreur de l’écoute, car il y a un manque d’écoute !

Si vous êtes ici, Mesdames, Messieurs, c’est pour effectivement permettre à des gens de s’exprimer, de vider un peu leur sac, d’avoir ce sentiment de se soulager, de pouvoir se consoler dans un câlin souriant.

C’est pourquoi, dans les conditions d’exercice des hôpitaux réformés et humanisés, on peut voir chaque jour des visiteurs qui jouent parfaitement la comédie, donc le patient reste de glace !

J’en vois d’autres qui expriment avec foi, avec sérieux, avec leur coeur, avec leurs tripes cette envie de communiquer, de partager, bref de faire naître l’espoir de l’existence d’un lendemain meilleur, quel que soit le rite, quelle que soit la philosophie religieuse ou non. Dans ces cas-là, je vois que les patients, même s’ils ne guérissent pas au sens anatomopathologique complet, vont beaucoup mieux, se portent effectivement mieux. Ils retrouvent une vitalité, un sourire que les autres n’ont plus ; et pourtant, leur mal organique reste identique, voire il n’évolue plus ! J’ai ainsi le souvenir de tumeurs demeurant quiescentes, bien présentes mais sans évolutivité clinique.

Si vous faites partie de ces êtres-là, seriez-vous des guérisseurs de Dieu ? Seriez-vous des choisis de Dieu ou d’un Dieu quelconque ?

Je dis seulement que vous vous mettez au service de la flamme de votre coeur qui engendre la flamme de la vie, cette foi de la vie qui fait naître des miracles. Seuls ceux qui ont la foi et la joie de vivre peuvent communiquer la foi et la joie de l’existence ou d’une existence quelconque de la vie. Alors, je dis à ceux qui sont emportés par cette flamme de la vie, qu’ils transportent avec eux ce temple sacré qu’est la foi et la joie de la vie. Qu’ils poursuivent sans cesse et sans relâche, car c’est là la plus belle des missions !

C’est d’ailleurs pour cela que les médecins sont parfois pleins de jalousie et si envieux !

Journée Nationale des aumôniers des hôpitaux 1998

qui régit l’échange avec le malade est simplement, mais essentiellement, l’écoute. Si le malade vous octroie sa confiance, si le malade se confie à vous et se cache au creux de votre épaule, c’est donc qu’il s’abandonne et, en fin de compte, il s’offre dans la totalité de son existence entre les mains du médecin.

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